Portrait Nicolas Hubert chorégraphe
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DIY - D(u)o It Yourself

Quand on joue sur une scène, à quoi joue-t-on ?
Au théâââtre, à la représentation, au lever de rideau, au dévoilement, à la disparition, à la magie du spectacle, à commencer, à recommencer, à rater puis rater mieux, à faire face (au public, à la situation…) ?
Peut-on aborder LA boîte noire avec la même liberté de ton et le même esprit de détournement qu’un enfant, qu’un hacker, qu’un Marcel Duchamp ?
C’est ce à quoi nous travaillons, d’arrache pied, d’arrache corps, d’arrache cœur.

Détournement, hacking et « di aïe ouaille »
Comme le titre l’indique, il s’agit dans cette pièce que le spectateur fasse, si ce n’est intégralement son spectacle (de la même façon que Duchamp disait que c’est le regardeur qui fait le tableau) du moins sa part du travail. Par certains subterfuges interactifs, nous comptons en effet l’impliquer dans le déroulement du spectacle, de façon à ce qu’il ne soit pas un spectateur passif.
Pour Nicolas Hubert, la notion de D.I.Y., issue du mouvement punk, fut le prétexte qui lui permit sans prétention, ni vu ni connu, de se rapprocher de l’acte artistique (par la bande dessinée et le rock, puis des études aux Beaux-Arts, et enfin par la danse et la chorégraphie). Ce D.I.Y. fut donc, l’air de rien, un acte fondateur.
Pour Giulia Arduca, italienne, le D.I.Y. résonne plutôt comme un goût du rapiéçage, de la réparation, du fait main ou fait maison, de la débrouille à l’italienne...
Pour tous deux, le D.I.Y. est une voie d’entrée ludique dans une volonté de questionner (et détourner) en profondeur - mais sans solennité - ce qui constitue les codes, outils et objets de la scène, de la représentation, et plus spécifiquement de la danse.
Pour ce faire, ils rapprocheront cette notion de D.I.Y. de celle de détournement, ou de hacking, pris dans son sens non-informatique de « capacité pour quelque chose (système, objet technique, outil, etc.) à être détourné de sa vocation initiale pour de nouveaux usages » (définition Wikipédia de son homologue français bidouillabilité, qui dit également que « détourner l’usage
d’un système technique de façon créative, c’est démontrer sa bidouillabilité, que la démarche soit légale ou pas »).
La boite noire du théâtre - page blanche du performeur - sera donc la base de cette recherche sur le détournement : détournement de notre outil principal (plateau), et des outils dans l’outil (pendrillons, patiences, perches, projecteurs, portes-filtres, tapis de danse…).
La scénographie reposera donc essentiellement sur ce qui est donné d’avance dans un tel lieu, sans apport extérieur, avec la contrainte que rien ne se perde, que rien ne se crée, que tout se transforme.

Boléro ready-mades

Le rapport à la musique opèrera de même : pour une fois - qui n’est pas coutume - nous ne travaillerons pas avec des musiciens qui créerons une musique inédite pour la pièce, mais avec des matériaux préexistants, des « ready-mades » musicaux, universels et identifiables par tout un chacun dès les premières notes, puisés dans une sorte de « pot commun d’inconscient collectif ».
Le Boléro de Ravel sera décliné à plusieurs reprises, et dans plusieurs reprises : une version symphonique du London Symphony Orchestra (Hugo Ringold), une version de Franck Zappa, et une version interprétée avec des shamisen (instruments à cordes traditionnels japonais), dans le style Tsugaru Shamisen.
Musique maintes fois utilisée pour la danse, et envisagée ici comme un ready-made, le Boléro est un support idéal en tant que motif (rythmique et mélodique) reproductible à l’envi, mais dans une certaine progression globale, crescendo.
Les différences notables de styles et de textures de ces versions permettront de contraster les scènes où le Boléro sera utilisé, de jouer avec des modulations dramaturgiques, qui tendront probablement vers un absurde décalé, mais pas seulement.

Ecologie du geste
Il y a aussi dans le D.I.Y. une certaine vision « décroissante » du recyclage, avec une portée écologique, voire politique. Que ce recyclage du geste artistique soit symbolique (comme par exemple celui d’une Agnès Varda qui recycle ses pellicules inusitées et leurs boites en installations plastiques), ou que le geste artistique ait concrètement intégré des pratiques et une économie écologiques (comme le fait la chorégraphe australienne Prue Lang à travers sa charte
verte « green guidelines »), ces problématiques imprègnent tellement notre quotidien et nos préoccupations qu’elles atteignent, par porosité, les intentions de notre processus de création artistique.
Cette « esth-éthique » du recyclage et du détournement, nous l’appliquerons aussi bien aux éléments du lieu universel qu’est le théâtre qu’à des éléments plus personnels de nos propres compagnies (éléments de décors, costumes de pièces précédentes…). Mais avant tout, nous puiserons autant dans les réserves de gestes de l’histoire de la danse que dans celles de nos
travaux respectifs : une collecte qui sera aussi prétexte à revisiter la mémoire de notre métier, et même de partager certains « invendus » de processus de créations passés.

Résidences de création :
1>5 octobre 2019 : Théâtre de Poche (Théâtre[s] de Grenoble)
7>17 octobre 2019 : La Pratique - Atelier de Fabrique Artisque à Vatan (36)
22>26 octobre 2019 : Théâtre 145 (Théâtre[s] de Grenoble)
14>25 avril 2020 : Théâtre de Poche (Théâtre[s] de Grenoble)

Production : Cie épiderme & Cie Ke Kosa
Coproductions confirmées : Théâtre[s] de Grenoble
(+ recherche d’autres coproducteurs en cours...)

Distribution

Conception et interprétation : Nicolas Hubert et Giulia Arduca
Création sonore : Pascal Thollet
Administration, production : Adeline Pierrat
Production, diffusion : Marie Rouzaut

REPRÉSENTATIONS